Joanie Demers

La pétromobile doit être un choix individuel et non une nécessité

Joanie Demers - Gatineau

Campagne Tous Piétons! 2016

Notre rencontre avec Joanie Demers

En quelques lignes, dites-nous qui vous êtes?

Joanie Demers, fonctionnaire, travailleuse autonome et coadministratrice du groupe Facebook Piétons à Gatineau, Gatineau. Je m’intéresse aux questions d’urbanisme à échelle humaine et de transport actif depuis mon premier séjour en Europe de 2002 à 2004. En 2015, la piétonne frustrée que j’étais en train de devenir est passée à l’action : j’ai commencé à filmer mes trajets à pied et à prendre des photos, à faire des plaintes à la ligne 311 et au ministère des Transports, à interpeler la police et ma conseillère municipale, ce qui a parfois mené à certaines améliorations. Peu de temps après, à mon grand soulagement, l’organisme Piétons Québec a vu le jour. C’est d’ailleurs à travers son forum Piétons engagés que j’ai fait la connaissance de ma concitoyenne Sandra Le Courtois, avec qui j’ai créé un groupe Facebook pour traiter des enjeux propres à Gatineau.

Pourquoi c’est important pour vous de contribuer à l’amélioration des aménagements piétons?

C’est une question d’équité. La pétromobile doit être un choix individuel et non une nécessité. Il est temps de penser nos milieux de vie en fonction des gens plutôt que de leurs grosses cages en métal sur roues – des gens de tout âge et de toute condition. Tout le monde, et plus particulièrement ceux qui ne veulent pas conduire ou qui, en raison de leur âge ou d’autres facteurs, ne peuvent pas le faire (enfants, personnes âgées, personnes handicapées, etc.), devrait avoir la possibilité de se déplacer, d’aller à l’école, de fréquenter les commerces et d’avoir accès aux services de la manière la plus autonome possible, et ce, en toute sécurité.

Quels sont les plus grands enjeux/difficultés vécus par les piétons dans votre ville (ou au Québec en général)?

Au Québec en général, les doubles standards et les préjugés et partis pris conscients et inconscients sont la source de bien des désagréments pour les piétons et de bien des aberrations dans les aménagements et leur entretien ainsi que dans les lois et règlements et leur application. Par exemple, à Gatineau, où il semble que les trottoirs ne fassent pas partie des rues, le délai jugé acceptable pour le déneigement des trottoirs après une tempête fait l’objet de remises en question au conseil municipal, mais pas le délai de déneigement de la chaussée...  Au Québec, il ne fait pas de doute que les conditions hivernales posent des difficultés supplémentaires au moment d’adopter les bonnes pratiques d’urbanisme qui fonctionnent ailleurs dans le monde. Il faut donc faire preuve d’ingéniosité.
Par ailleurs, à Gatineau et ailleurs au Québec, je remarque une forte tendance à mettre les cyclistes et les piétons dans le même panier. La prolifération des « sentiers multifonctionnels » et des « trottoirs partagés » en fait foi. Si, dans certains cas, ces aménagements constituent de bonnes solutions ponctuelles, je crains qu’à grand déploiement, ils aient l’effet pervers de mettre en concurrence deux moyens de locomotion qu’on cherche pourtant à encourager. Alors que le transport actif est censé faire concurrence à la pétromobile dans la perspective de réduire la pollution et la congestion du réseau routier, force est de constater que, par endroits, les gains des cyclistes se font au détriment des piétons; je trouve navrant qu’on en soit là.

Quelle serait pour vous la plus grande victoire pour les piétons au Québec?

1. Une réforme en profondeur du code de la construction routière (si un tel code existe) de manière à garantir la prise en compte systématique de l’ensemble des usagers de la route au moment de construire ou de réparer les routes à la grandeur du Québec. Sinon, l’instauration d’un tel code, qui intègrerait les bonnes pratiques en matière d’aménagements à échelle humaine. Les aménagements déficients sont la source de bien des comportements nuisibles ou dangereux chez l’ensemble des usagers.

2. L’abolition du droit des conducteurs de virer à droite aux feux rouges, l’harmonisation de la signalisation routière et la simplification du Code de la sécurité routière.

Pourquoi vous marchez?

J’ai eu la chance incroyable de naître avec deux jambes fonctionnelles : ce serait bête de ne pas m’en servir!

Quel est votre endroit favori où marcher?

Au milieu de la rue (de préférence quand il n’y a pas de pétromobiles).