Michel, piéton attentif

Être flâneur ne m’est possible que dans le calme du parc.

Michel, piéton attentif - Gatineau, Lac-des-Fées

Campagne Tous Piétons! 2016

Notre rencontre au croisement Labelle/Allumettières

Michel marche tous les jours, par obligation ou par plaisir, mais jamais sans une certaine tension dans le pas. Michel entretient un rapport ambivalent à la marche, qu’il considère à la fois comme source de liberté, de santé mais aussi de nombreux troubles. Par l’ouïe et le toucher, Michel avance dans la ville sans lumière. Si Michel a connu le flamboyant du coloris automnal, aujourd’hui la vue l’a presque complètement quittée. Pour se mouvoir, son ressenti de l’environnement urbain a dû s’intensifier à mesure que sa vue a décliné.

Il lui semble évoluer dans un monde conditionné par la voiture. A l’instar du boulevard des Allumettières et Saint-Raymond, les larges voies de Gatineau sont comme des saignés dans les quartiers résidentiels et à échelle humaine qu’il eût aimé traverser. Les franchir constitue aujourd’hui un moment d’angoisse. Il nous suffit de fermer les yeux un instant pour être projeté dans l’inconfort quotidien de Michel: étourdissement et perte de repère sous l’intensité du bruit automobile… Lorsque les signaux sonores des feux piétons dysfonctionnent, il n’y a d’autre choix que de rebrousser chemin.

Michel évoque également le déneigement des rues et les débordements végétaux sur le trottoir lorsque l’entretien des propriétaires ou de la municipalité laisse à désirer ; ces négligences aux conséquences réelles sur sa liberté de marcheur. Alors que la mobilité piétonne lui apparaît comme l’enveloppe budgétaire sur laquelle on rogne inlassablement, Michel rêve d’une responsabilité partagée entre individus et autorités publiques dans la bonne gestion des espaces publics. Mais Michel n’a guère d’illusion, la marche sollicitera toujours une attention de chaque instant pour lui. “Être flâneur ne m’est possible que dans le calme du parc…”.